Après une longue marche, le chevalier débordant de bravoure et d'ambition fit une halte à l'entrée du désert. Il était soucieux, il n'avait pas peur de traverser ce
vaste espace, il avait une tâche à accomplir qui lui avait été demandé par son roi et naturellement par fidélité il avait accepté cette mission... C'est cette dernière qui le perturbait beaucoup,
en effet son travail était d'aller porter un message mais sa conscience se révoltait. Il savait qu'il s'agissait d'une trahison...
En tant qu'homme fidèle, il ne s'arrêta surtout pas sur ses petites interrogations qu'ont la plupart des gens, il avait une mission à accomplir. Alors il se
soulagea en buvant une grande gorgée d'eau encore relativement fraîche de sa gourde.
Deux hommes d'une caravane qui passait par là, remarquèrent le chevalier avant son entrée dans les dunes. Ce furent les dernières personnes à le voir encore en
vie.
Le messager marchait d'un pas relativement rapide, il ne savait quelle motivation le poussait à avancer aussi vite. Après quelques instants de réflexion, il se
donna comme alibi la chaleur du temps et peut-être le peu de fatigue qu'il ressentait. Le problème était bien là : l'atmosphère autour de lui était brouillée. Un embryon de peur s'infiltra dans
l'esprit de l'émissaire car plus il avançait et plus le temps devenait incertain.
Mais le pire était que le messager était déchiré par des sentiments antagonistes ; des vagues de pensées lui disaient : "Accomplis ton travail !" alors que d'autres
répondaient : "Fais confiance à ta conscience !" La tranquillité semblait vouloir déserter sa tête. Toutes ses idées grouillaient, s'enchevêtraient comme d'immondes pustules. Il se prit la tête
entre les mains et serra de plus en plus fort ses tempes. Ses yeux se crispèrent. Il sentit le vent caresser son visage, une tempête allait sans doute arriver.
La confusion ne voulait refluer de sa tête, il serra alors encore plus fort , espérant que cette folie disparaisse. Etourdi, il s'allongea sur le dos. Sur son
ventre, le blason carré de couleur bleu et rouge de son royaume étincellait sous le soleil. Tout à coup, il se leva et cria en tendant son poing vers le ciel : "Non !, je ne
suis pas fou Dieu !, non !, je ne suis pas fou !" Le vent s'arrêta. Le désespoir l'ébranla, mais il continua quand même sa route. Un vrai chevalier ne renonce jamais.
Il regarda le ciel : le soleil était aveuglant. Il souffla un grand coup et but une longue gorgée. L'eau était chaude et la gourde était bientôt vide. L'émissaire
eut une pensée pour la femme qu'il aimait, mais même en se concentrant, il n'arrivait plus qu'à entrevoir son image. Il eut un sentiment de solitude passager puis il se demanda si elle
pensait à lui. Pendant quelques instants il eut peur ; "Et si elle ne m'aimait pas ?" Son regard se perdit dans les grains de sables....
Il se rendit soudain compte que la brise avait disparu. Sa raison prit finalement le dessus et il repartit, mais il n'était plus le même, non, comme s'il avait
traversé un voile... Il était maintenant à notre service. Ce chevalier, il était nôtre ; un homme envahi par des hordes d'interrogations. Il repartit tout en réfléchissant à ce qu'il venait de se
passer. Il dessinait des arabesques dans l'air en attendant des réponses mais rien n'apparaissait...
Un sentiment de frayeur l'envahit à nouveau. Son blason semblait terni et le soleil était parti se cacher derrière un étrange nuage gris. Il ne voyait aucune
solution à ses problèmes, il les mélangeait, il avait perdu confiance en lui.
Le ciel s'obscurcit, la lumiére se raréfiant à chaque respiration du chevalier. L'angoisse enserra son coeur d'une poigne de plus en plus puissante. "Suis -je le
bon chevalier du roi de l'empire de Nérosse ?" se dit-il tout en étant incapable d'y répondre.
Les nuages avaient fait tomber la nuit en plein jour. Le blason défiguré, noirci lui criait une vérité qu'il n'osait s'avouer. Ses yeux se fermèrent mais son
coeur vit la vérité à travers ses mensonges...
Et il comprit... il vit tous les péchés commis depuis le début de sa vie. Il ne pouvait plus continuer à marcher. Il réalisa dans une prise de conscience fulgurante
qu'il n'était qu'un monstre pour avoir refusé la main, pourtant tant attendu, de cette femme. Et que cette lettre allait la mettre à jamais hors de sa portée...
Il tomba à genoux dans le sable en criant. Il arracha la barrette qui tenait ses longs cheveux noirs jais et la lança en bas de la dune... Ses yeux d'un bleu,
sombre et profond se posèrent sur le ciel où les nuages crachèrent soudain postillons et éclairs dans un vacarme assourdissant... Le chevalier se mit à implorer son dieu :
- Ô Dieu, pardonne au pauvre chevalier que je suis d'avoir été si aveugle... Je t'en prie... Aie pitié de moi..."
Et Dieu, dans son infinie empathie, le pleura... Ses larmes d'eau pure couvrirent le désert... Des trombes d'eau descendirent sur les dunes... Le chevalier entendit
alors Sa voix :
- Chevalier Remoje de Hartozc, je te pardonne car ta vie ne sera que plus difficile à vivre sachant ce que tu as fait... La pire des choses n'est pas d'être aveugle
mais d'ouvrir les yeux et de découvrir toute l'horreur que l'on a prodigué... Alors tu vivras et tu retourneras là-bas pour réparer tes erreurs..."
- Dieu ? " dit le chevalier après quelques secondes.
- Oui, que veux-tu ?
- Es-tu mâle ou femelle ?
La question était osée, déplacée mais Remoje s'était toujours demandé s'Il était vraiment comme le montrait les fresques : Un homme... Le chevalier se dit que cette
question était comme sa vie... une erreur... Il n'entendait pas Dieu répondre... Il s'attendait au pire, Dieu allait certainement le punir pour son outrecuidance...
Mais au bout de quelques minutes...
- Sache jeune chevalier que je suis actuellement femelle et que Satan est androgyne... Maintenant vas... Rejoins tes frères et soeurs..."
Et ce fut soudain comme un éclatement... tout disparaissait, toute cette réalité explosa pour ne laisser plus que le vide...
Dieu revint vers nous, pour ne former qu'un avec ce qui nous forme... Nous vîmes la fin du chevalier et rîmes des illusions que nous lui avions donné. Nous
aperçûmes ce soldat à la recherche du chevalier de Hartozc qui le découvrit mort sa gourde, à côté de lui, vide. Il en déduisit qu'il était mort par manque d'eau. Nous pensâmes à ce chevalier qui
avait demandé si nous étions femelle ou mâle et nous nous gossâmes de cette question car le sexe est un concept qui implique des idées comme survie, reproduction alors que nous ne connaissons pas
ces problèmes. Nous sommes femelle et mâle et ne le sommes pas. Cela ne peut-être trancrit dans un langage dont ses utilisateurs ne connaissent la réalité dans laquelle nous vivons...
Enfin, quand la communion du Nous fut terminée, Dieu repartit sur la piste temporelle pour nous rapporter toutes les idioties que ces créatures faisaient... Il y
eut un temps où nous essayâmes de les amener vers la sagesse mais comme elles semblaient sourdes à nos enseignements, n'écoutant que le choeur de leurs basses envies, nous décidâmes
d'arrêter de les guider, du moins pour un temps...
"Ils ne sont pas du tout civilisés... "
"Ce ne sont que des barbares et ils le resteront tant qu'ils n'auront pas compris la nature même du Nous..."
"L'homme est un animal stupide qui ne comprends que ce qu'il veut comprendre..."
Iris Killa
Coécrit avec Killa que je salue...
Merci à ceux qui auront lu jusqu'au bout cette nouvelle...
pour la photo : sur le site www.freemages.fr
photo prise par Jean-Christophe LOUBET DEL BAYLE